La Russie (enfin presque)!

La route qui me séparait de Narva à la frontière russe n’était plus très longue et ce week-end a été bien agréable avec un itinéraire dans une charmante campagne bordé de champs de blés à droite et des falaises plongeant de 40m vers la mer.

DSC07081 DSC07082DSC07027 DSC07029J’ai traversé Sillamäe qui a la particularité d’avoir été une ville fantôme à l’époque soviétique, plutôt top secrète, elle ne figurait sur aucune carte de l’Union soviétique car c’était une place stratégique où ils enrichissaient l’uranium.

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1ère fois que St Petersburg est annoncé!

DSC07032 Depuis Saka et son hôtel-spa-camping où j’ai dormi samedi, j’ai changé de pays, enfin presque, ici, tout le monde parle russe, dans les magasins, les hôtels, les menus et avec mon anglais on me fait répéter genre de dire « d’où elle sort celle-là pour ne pas parler russe? »

Ici commence vraiment la partie estonienne composée à 95% de russophones.

Ces estoniens d’origine russe possèdent un statue particulier ici car la plupart ne parlent pas un mot d’estonien et n’ont pas pu passer -ou n’ont pas voulu- le test de citoyenneté leur donnant le droit de vote etc…Ils ont donc le statut de citoyen étranger avec le fameux « passeport gris »

Du coup, une grande partie de cette population autour de Narva n’a pas de droit civil et a du mal à s’intégrer dans la société estonienne qui  maintenant a vraiment fait de l’estonien la langue officielle administrativement parlant et ces personnes d’origine russe se trouvent vivre dans un pays dont ils ne connaissent pas la langue.

A l’époque de l’indépendance en 1991, elle aurait pû rejoindre la Russie mais la plupart n’a pas voulu partir en étant fière aussi du fait que l’armée soviétique avait libéré les pays baltes du nazisme.

C’est une histoire très complexe car on peut comprendre les raisons des 2 cotés : les estoniens les voient comme des « envahisseurs  » à la suite de la seconde guerre mondiale lors de l’annexion des pays baltes à la Russie  et les russes eux sanctifient leurs soldats morts pour avoir libéré les pays baltes du joug nazi. Les pays baltes étaient coincés entre la peste et le choléra, difficile de choisir son camp…

Bon, je résume rapidement car c’est extrêmement compliqué mais cette présence de russophones dans les pays baltes  est un sujet délicat et je le sens souvent dans les conversations que j’ai avec les gens d’ici.

Sur le chemin vers Narva, il y a beaucoup de mémoriaux car ce territoire a été depuis longtemps un terrain d’affrontement : mémorial pour les soldats russes morts au 18ème pendant la bataille avec les suédois, mémorial pour les soldats allemands, ici un char russe à l’endroit où en 1944 l’armée russe a réussi à percer le front allemand, à Sinimäe, ce mémorial pour les soldats russes et allemands morts dans l’ultime bataille qui libéra Narva.

DSC07077 DSC07078Tiens, une phrase en français ici, c’est la 1ère fois que je vois du français sur un mémorial, peut-être y avait-il des français qui portaient main forte aux russes?

Je suis donc arrivée fièrement à la frontière russe dimanche après-midi en découvrant les premières images derrière le fleuve Narva (qui a donné son nom à la ville), juste de l’autre coté de cette rivière, c’est donc le territoire russe.

DSC07034En ville, la frontière est d’autant plus saisissante que c’est un pont sur la Narva qui marque la limite. Tout est grillagé, un check-point et tout un arsenal de sécurité lorsque l’on veut passer d’un coté ou de l’autre.

DSC07056 DSC07036Le plus marquant est bien sûr ce qui fait la caractéristique de la ville sont ces 2 forteresses l’une en face de l’autre et qui semblent se toucher.

DSC07041 DSC07042Celle de Narva et son beau donjon en bois et la forteresse russe d’Ivangorod construite au 15ème lorsque les russes ont voulu prendre la ville lors de la guerre de Livonie.

C’est donc avec beaucoup d’émotions que j’arrive là, ne pouvant continuer ma route comme chaque jour, sans visa, le pont est impossible à franchir, je serai obligée demain de faire demi-tour…

Émotions et fierté aussi d’être arrivée là après 1688km à la force de mes mollets, 4 semaines après mon départ de Klaipéda. Cette route balte n’est pas terminée mais ici marque la fin de quelque chose et le début de mon retour vers Riga.

DSC07043Sentiment étrange aussi d’être dans cette ville « presque » russe, tous les magasins affichent en russe, dans les hotels, on parle mal l’anglais, la ville est quadrillée d’immeubles gris et déprimants de l’ère soviétique, cette ville n’est pas jolie, pas de centre-ville, tout a été détruit pendant la 2ne guerre mondiale.

DSC07069Bizarre pour moi aussi de ne savoir quoi penser de ces russophones, à part de la société estonienne, qui font bien comprendre qu’ici on parle russe et pas autre chose et que l’on n’est pas forcément les bienvenus…enfin c’est mon sentiment. Et je crois qu’il est normal de ressentir d’avoir ce questionnement qui n’a pas de réponses toutes faites…

C’est vraiment une ville à part et je suis très heureuse d’avoir pu en découvrir un tout petit aspect lors de ce passage d’un jour.

DSC07065La cathédrale orthodoxe est de toute beauté à l’intérieur et à l’extérieur, ce matin lorsque j’y pénètre il y a un office avec des chants orthodoxe magnifiques à faire frémir le plus athée des athées.

DSC07068 DSC07075 DSC07076L’église luthérienne pas non loin de là est impressionnante par son aspect forteresse.

DSC07067Bon, j’espère que je ne vous ai pas saoulé avec toutes ces explications mas il y avait tellement à dire sur Narva.

Et pour finir sur une note plus légère, ce matin je suis repartie de Narva avec un nouveau fanion car j’entame officiellement la partie retour vers Riga maintenant que la frontière a été atteinte. C’est un drapeau que m’a fait Rainer avec marqué « Riga, j’arrive  » et tous les lieux où je suis passée avec regardez bien les tonneaux de Kolka! Merci Rainer pour  cette attention qui va m’accompagner jusqu’à Riga encore une dizaine de jours.

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2 Comments

  1. Claire dit :

    Merci pour toutes ces explications! Ca doit être impressionnant de vivre ça en vrai, de sentir encore aujourd’hui tant de répercussions de la Russie sur ces pays! L’arrivée près de la Russie doit être étonnante, sentir que cette fois-ci on ne peut pas continuer plus loin, malgré toutes les frontières que tu as déjà traversé! Je dirai quand même que c’est chouette de commencer ta route vers Riga, car bientôt on se retrouvera toutes les deux là-bas 🙂

  2. Denis dit :

    Bravo et surtout merci,pour le cour d’histoire, je n’étais pas trop surpris,par ce
    mélange,RussoLhutanien, en 1991,je suivais l’évolution des pays Baltes !!Mais
    sont-ils plus heureux?Tes couchés de soleil sont magnifiques.Bonnes descente
    et encore dix fois merci.
    Denis et maman

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